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L’Étage de Dieu est un conte de fées pour auteur. Il est bien connu que les fées n’apparaissent qu’à ceux qui y croient. Etant nordiste resté incurablement nordiste malgré 30 ans de vie parisienne, je m’étais inscrit au Prix Littéraire “Découverte d’un écrivain du Nord - Pas-de-Calais”, organisé par Le Furet du Nord et La Voix du Nord. Et, pour cela, j’avais envoyé au Furet du Nord, un recueil de nouvelles entièrement consacré à la vie en entreprise, intitulé Des paniers et des crabes (“12 nouvelles à la gloire de la libre entreprise”). La concurrence est rude pour un prix aussi important, auquel participent les ouvrages édités et non édités, et je me faisais donc peu d’illusions. Au début de l’automne, Le Furet du Nord m’appela pour m’annoncer... que l’écrivain découvert, c’était moi ! Et quelques jours plus tard, je déjeunais avec les jurés au Pot Beaujolais, rue de Paris à Lille. Un repas qui me laisse un grand souvenir, car la gentillesse des convives semblait aussi inépuisable que leur culture : on parla beaucoup de l’actualité littéraire, et je n’étais guère à l’aise (je ne lis presque jamais les livres qui viennent de sortir). On parla aussi de mon actualité littéraire, et j’étais encore moins à l’aise : comment parler de ses œuvres juste après celles de Jonathan Littell ou de Nancy Huston ? Je me suis donc contenté d’écouter et de sentir gonfler mes chevilles, car les jurés n’avaient que des mots aimables. Ils m’ont cependant demandé de changer le titre du recueil et m’ont proposé de retenir celui de la première nouvelle, L'Étage de Dieu. Avec quelque recul, je pense que ce changement était une erreur : l’aspect ironique du contenu disparaît, et le titre peut aiguiller sur une fausse piste (les questions des visiteurs lors des salons du livre le prouvent) ; mais le choix du titre est le privilège de l’éditeur, celui de la couverture aussi, on ne le sait pas toujours. Et c’est ainsi que les crabes ont laissé place à Dieu. Voir ci-contre la couverture que j’aurais pu souhaiter, avec du recul. Ce recueil vit bien sa vie. L’appui du Furet du Nord et celui de la Voix du Nord y sont pour beaucoup : conférence-débat au Furet de Lille pour le lancement, journées de dédicaces dans différents Furet, bonne mise en place dans les magasins, chaleureuse couverture presse dans la Voix du Nord, interviews dans la presse parlée et écrite. Un tel appui donne des ailes aux ventes, et les remontées des lecteurs donnent envie d’écrire. Vous trouverez en bas de cette page quelques extraits de ce recueil, Ce recueil a un avantage : il est entièrement centré sur l’entreprise. Chacune de ces nouvelles me semblait tendre, ou amusée. Rassemblées dans un même recueil, elles deviennent, me dit-on, mordantes, et souvent féroces. Je ne le savais pas, c’est dans les premières interviews, les premières critiques de presse, que je l’ai découvert.
Quelques extraits de L'Étage de Dieu Il y avait sept étages. Le septième, c'était celui de Dieu. Dans l'agence de publicité Théodos & Associés, toute carrière ne pouvait être qu'ascensionnelle, on l'avait expliqué à Tanguy dès son entrée. Au rez-de-chaussée, derrière le hall d'accueil, il y avait les services généraux et les coursiers. Les seuls qui avaient le droit de sentir la transpiration. Au premier, la fabrication, le studio d'exécution et les stagiaires, le petit peuple taillable et corvéable sans un merci. Au deuxième, les départements hors-médias, le marketing direct, la promotion des ventes, ceux qui n'osaient pas toucher à la publicité ; on parlait d'eux avec un sourire condescendant, comme de cousins d'Auvergne. Au troisième, la création. Jadis, elle avait occupé le cinquième, mais elle était redescendue - un signe des temps. Au quatrième, les commerciaux, les chiens de chasse : ils tenaient les clients, ils rapportaient l'argent. Au cinquième, la finance-comptabilité qui traquait et qui encaissait, le département médias qui brassait les millions, et les Relations Humaines qui considéraient toute humanité comme trop humaine. Au sixième, les seigneurs et les salles de bal : les directeurs et les espaces de réunions. Le septième, c'était l'étage de Dieu. Achille Théodos, le président Théodos, savait que personne au sein de l'agence ne l'appelait Achille, ni Théodos, encore moins le Grec ou le président. On disait Dieu, et il en parlait avec un sourire indulgent. Il régnait sur l'agence, elle n'était qu'une cathédrale à sa gloire. (L'Étage de Dieu, L'Étage de Dieu) * * * Tandis qu'il conduisait, appliqué, Jacek sentit qu'elle le regardait fixement. - Vous êtes toujours comme ça, Jacek, un peu coincé, moitié séminariste, moitié majordome ? Si c'est un genre que vous vous donnez, vous avez tort, Jacek. Pour progresser, vous allez devoir apprendre à trouver votre style en société. Vous êtes bosseur, intelligent, bien foutu, mais pour aller plus loin, ça ne suffira pas. Vous allez devoir apprendre à vous imposer. Apprendre à plaire, et même à déplaire. Ce qu'il vous reste à travailler, c'est le plus dur, parce qu'on ne peut l'apprendre qu'en leçons particulières : partager un petit déjeuner avec un journaliste, discuter avec un député, sans rien avoir à lui demander, juste pour qu'il vous trouve très bien. Echanger des banalités d'un ton spirituel avec la femme d'un dirigeant, quand vous la croisez le soir à l'Opéra. Vous comprenez ce que je veux dire ? - Je sais, dit-il humblement, il faut que je progresse, surtout en maîtrise de la langue. - Ouh, ouh, la maîtrise de la langue, la maîtrise de la langue ! gloussa-t-elle. La maîtrise de la langue, vous n'allez pas manquer de candidates pour vous la faire travailler ! La maîtrise de la langue ! Et elle agita frénétiquement un petit bout de langue entre ses lèvres rose nacré. - Excusez-moi, dit-il, embarrassé, je ne savais pas, j'ai dû employer un mauvais sens. Elle lui tapota brièvement la main : - Mais non, Jacek, c'est moi qui m'excuse. Je vous taquine. Il ne faut pas m'en vouloir, je suis un peu saoûle. (La maîtrise de la langue, L'Étage de Dieu) * * * Le vendeur la regarda comme si la visite du rayon devait dépendre du physique de la demanderesse. - C'est pour vous ? - Non, c'est pour un jeune collègue, assez porté sur la gaudriole. Le mot était sorti, tout seul, échappé, et Sophie se demanda si c'était le bon. Il fallait préciser, très vite : - Il va bientôt se marier, et nous voulons lui faire une blague, lui offrir quelques livres croustillants - toujours ce problème de vocabulaire, Sophie - pas du porno, non, mais du bien salé, de l'imaginatif. Le vendeur la jaugea une nouvelle fois, puis l'emmena. Sophie sentait qu'elle était rouge, très rouge. Elle sentit aussi un petit picotement. - C'est ici, derrière la caisse. Nous devons en interdire l'accès aux mineurs. Derrière la cloison de la caisse, il y avait une petite salle, mal éclairée. Rien que pour ça. Sophie fut impressionnée : il y avait là près de mille livres, mille livres sur ces choses dont les hommes parlaient avec de gros rires. Lesquels choisir ? Elle n'allait pas les feuilleter là. - Vous pourriez me conseiller ? Je suis pressée. Le vendeur semblait un familier du rayon. Même pour un bel homme comme lui, c'était donc normal ? Il extirpa quelques livres de l'enfer et la dévisagea, d'un bon sourire de mâle réjoui. - Celui-ci, c'est côté messieurs, celui-ci, c'est côté dames : cela dépend des goûts de cette personne. Il avait prononcé les deux derniers mots avec une conviction exagérée, pour bien montrer qu'il ne croyait pas en son existence. Et Sophie savait qu'elle était si rouge que cela devait se voir sous son maquillage. Et puis, elle ne s'était pas maquillé les oreilles… - Et pour terminer, celui-là, c'est un florilège des plus belles pages de nos grands auteurs. Rien que des classiques. Vous verrez, La Fontaine, Musset, Apollinaire, et les autres, ils en avaient, de l'imagination ! Et les mots pour le dire. Le titre du recueil est très joli : Les lèvres encore chaudes.. Il regarda Sophie d'un air entendu. Elle sentit qu'il allait lui proposer un verre, un rendez-vous. - Je prends, je prends, dit elle, palpitante. Elle quitta précipitamment le magasin. Elle tenait, serrée contre elle, toute la lubricité du monde. Et le petit picotement était devenu douce brûlure. (Dans la chaleur de la doc, L'Étage de Dieu) * * * La situation était pire encore que celle annoncée par Grumillard : les services généraux avaient disposé les deux tables face à face, pour que la cohabitation soit vraiment confrontation. Et si l'on pardonnait la trop grande bouche, l'intruse était presque belle, ce qui choqua Hubert : il n'y avait jamais eu de jolies filles au département comptable, la directrice administrative y veillait et montrait d'ailleurs le bon exemple. - Bonjour, je m'appelle Flore, dit l'occupante. - Et moi, Jardinier, Hubert Jardinier. Il ne lui avait pas serré la main, il ne s'était pas assis, il hésitait sur la conduite à adopter : afficher une attitude hostile, qu'il enrichirait de mesquineries et de vexations durant un an, ou tomber tout de suite amoureux. Il se donna une journée pour y réfléchir. - Flore, Jardinier, c'est drôle, non ? dit-elle en s'esclaffant. Et Hubert comprit que la journée, ce serait trop long. (Un écrivain est né, L'Étage de Dieu) * * * Quand tout a été consommé, le Sphinx a étudié la liste des participants. Je le voyais s'arrêter en bas, concentré, certainement sur mon nom, il prenait de l'élan pour le prononcer : - Eh bien, monsieur… - il n'avait pas pris assez d'élan - monsieur… monsieur…Vuillard, c'est très bien, je vous remercie de me donner raison. Et le Sphinx s'est lancé dans un grand exposé prophétique sur la sclérose, le clonage, et d'autres horribles maladies industrielles qui menaçaient la Compalim. Il a exprimé son regret d'avoir passé quatre jours en France, - oui, messieurs, je dis bien quatre jours - avant d'entendre prononcer le mot street-marketing ! Il a prédit aux autres les plus grises des carrières s'ils continuaient à se flairer le cul entre eux, comme des chiens de race soucieux de vérifier leur pedigree, - oui, oui, messieurs, je dis bien se flairer le cul - à rabâcher leurs idées copiées-collées… Il se faisait apocalyptique, dénonçait cette fascination pour un modèle unique, une pensée unique, qui ne produisait que des produits banals, banaux, - il est finalement revenu à banals, il a annoncé qu'il fallait dans la compagnie des cerveaux neufs, pas encore formatés, du sang exogène, il ne s'arrêtait plus. Le Sphinx paraissait se libérer d'un long silence de plusieurs années, un silence de pierre. Il s'est tu, épuisé, et a demandé une pause café. (Le passage du Sphinx, L'Étage de Dieu)
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L’Étage de Dieu
Ces personnages parlent. Il suffit de passer la souris, sur Madame d’abord (hiiiii !), sur Monsieur ensuite.
Avec ce titre, il faudra faire des dédicaces à la kermesse de la paroisse.
G e o r g e s F l i p o , a u t e u r
L’Étage de Dieu est diffusé en distribution régionale (Nord/Pas-de-Calais et Belgique). Mais, dans toute la France, on peut le commander sur “Pays du Nord”: http://www.pays-du-nord.fr/boutique/livres_guides_videos/
Oui, un truc du genre “Avec la bénédiction de l’auteur”.
On ne vit pas de regrets, mais si c’était à refaire, ce serait comme ça.
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L’Étage de Dieu a obtenu le Prix “Découverte d’un écrivain du Nord - Pas-de-Calais” décerné par Le Furet du Nord et La Voix du Nord
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L’Étage de Dieu dans les médias
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